Dans l’appel interprofessionnel du 5 novembre, les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie figurent sous un même titre. La déclaration signée par la CFDT, la CGT, FO, l’UNSA et la FSU réclame des négociations salariales, une hausse du Smic et des rémunérations des agents publics, ainsi que davantage de moyens pour les services publics. Elle soutient aussi les demandes des lycéens et étudiants pour de meilleures conditions d’études, tout en affirmant le respect de l’indépendance du mouvement lycéen.[1]
Ce rapprochement mérite d’être examiné : les conditions de vie des salariés, leurs conditions de travail et les services auxquels le public accède peuvent dépendre des mêmes choix de moyens. Comprendre ce lien exige cependant de conserver les problèmes propres à chaque secteur et de vérifier si les solutions proposées peuvent produire les effets attendus.
Enseignants et élèves : conditions de travail et d’études liées
Les conditions de travail des enseignants et les conditions d’études des élèves se rencontrent dans une salle de classe. Les effectifs, les remplacements et l’accompagnement psychologique ou pédagogique influencent à la fois le travail de l’enseignant et l’attention disponible pour les élèves. Le salaire concerne la vie des personnels, mais aussi l’attractivité de la profession pour ceux qui envisagent d’y entrer ou d’y rester.
Dans ses documents de mobilisation publiés le 29 octobre, le SNES-FSU distingue les rémunérations et les carrières, les équipes éducatives complètes, la réduction des effectifs par classe et la rénovation des bâtiments. L’organisation relie ainsi la rémunération individuelle aux conditions nécessaires pour accomplir les missions d’enseignement.[2]
Un raisonnement comparable apparaît dans les soins et l’accompagnement. Le communiqué du 17 octobre de la CFTC Santé Sociaux concerne les secteurs public et privé : il demande de meilleurs salaires, une reconnaissance des contraintes du travail de nuit ou des jours fériés, des effectifs adaptés, le remplacement des absences et des financements durables. La discussion sur le service rendu concerne donc des établissements de statuts différents ; tous les professionnels ne relèvent pas du même régime d’emploi.[3]
Ces demandes font apparaître des intérêts qui peuvent être communs aux salariés et aux usagers : des effectifs suffisants, des équipes stables et des tâches qui peuvent être assurées dans la durée. Ce lien doit toutefois se traduire par des mesures précises. L’effet d’une hausse salariale sur le recrutement et la fidélisation dépend aussi de la charge de travail, de la formation, des perspectives de carrière et de la répartition territoriale des postes. La rémunération ne peut porter à elle seule toutes les réformes d’organisation.
Grève du 5 novembre : revendications par secteur et syndicat
Examiner les appels séparément permet de mieux comprendre leurs points communs et leurs différences.
| Secteur et document | Demandes salariales | Conditions de travail ou de service également demandées |
|---|---|---|
| Enseignement · SNES-FSU, 29 octobre | Revaloriser les traitements et les carrières | Compléter les équipes éducatives, réduire les effectifs par classe, rénover les bâtiments[2] |
| Fonction publique · communiqué CGT après rencontre, 29 octobre | Revaloriser les rémunérations, les grilles et les carrières | Arrêter les suppressions de postes, recruter selon les besoins, améliorer les conditions de travail[4] |
| Santé et social · CFTC, 17 octobre | Revalorisations dans le public, négociations dans le privé et reconnaissance des horaires contraignants | Remplacer les absences, adapter les effectifs, prévenir les risques professionnels et garantir des financements durables[3] |
| Rail · déclaration de quatre syndicats rapportée par Le Parisien, 15 octobre | Défendre les revendications salariales | Emploi, conditions sociales et de travail[5] |
Ces revendications ne relèvent ni des mêmes règles ni des mêmes interlocuteurs. La fonction publique implique les décisions gouvernementales sur les traitements et les postes ; les salaires en entreprise passent par les employeurs et les négociations de branche ; les soins et l’accompagnement traversent des établissements de différentes natures. Une mobilisation commune peut porter ces questions dans le débat public. Les réponses doivent néanmoins préciser qui est responsable, qui est concerné, quels moyens sont nécessaires et comment elles seront appliquées.
Le communiqué du 29 octobre de la CGT Fonction publique en donne un exemple précis. L’organisation y rend compte d’une rencontre, le 28 octobre, avec le cabinet du ministre chargé de la fonction publique, réaffirme ses demandes sur le pouvoir d’achat, les rémunérations et l’emploi, et maintient son appel au 5 novembre. La tenue de cette rencontre reste distincte de la conclusion d’un accord salarial.[4]
Salaires et services publics : effets sur le budget des ménages
Le lien entre salaires et services publics se retrouve dans la vie quotidienne : une personne peut être à la fois salariée et usagère de l’école, de l’hôpital, des transports ou de l’administration. Si les manques de service obligent un ménage à consacrer davantage de temps et d’argent à certaines tâches, son revenu monétaire ne suffit pas à décrire sa situation. Une amélioration des salaires comme des services peut lui donner plus de latitude ; leurs effets dépendent de ses revenus et de ses besoins.
Plus le titre commun est large, plus les objectifs doivent être clairs. Dans une position datée du 15 octobre et publiée sur le site de l’UNIR, la CFE-CGC annonçait alors ne pas rejoindre l’appel, en invoquant notamment la diversité des mots d’ordre et le manque d’objectifs et d’interlocuteurs suffisamment identifiés. Ce document, situé dans le temps, montre aussi les désaccords syndicaux sur le périmètre et les modalités de l’action commune.[6]
Ce désaccord soulève une exigence raisonnable : une mobilisation doit permettre aux participants et au public de savoir quels changements sont recherchés et comment reconnaître des progrès dans les négociations. Les mesures salariales, les recrutements et l’investissement public peuvent se compléter ; chaque mesure doit avoir des responsables et un chemin d’application identifiables.
Les contraintes budgétaires doivent également entrer dans la discussion. Dans son communiqué, la CFTC Santé Sociaux reconnaît la nécessité de maîtriser les finances publiques, tout en refusant que les professionnels et les personnes accompagnées supportent les conséquences des réductions. La question porte alors sur les choix de dépenses : comment répartir des moyens limités entre rémunérations, recrutements, équipements et investissements durables ? Une économie ne fait-elle que transférer les tâches sur des équipes déjà sous pression ?[3]
Évaluer une réponse suppose donc de regarder à la fois la vie des personnels et la possibilité d’assurer le service dans la durée. Les nouveaux postes ont-ils trouvé les personnes adaptées ? Les absences sont-elles remplacées ? Les équipements fonctionnent-ils ? Les financements couvrent-ils les missions promises ? Ces questions doivent figurer dans l’explication publique des résultats de la négociation. Les besoins concrets et les effets de la mise en œuvre doivent justifier où renforcer l’investissement public.
Grève du 5 novembre : informations nécessaires aux usagers
Examiner le lien entre conditions de travail et qualité du service suppose aussi de reconnaître les difficultés que l’action collective peut entraîner pour les usagers. Les personnes qui dépendent des transports pour travailler, attendent des soins ou organisent les trajets de leurs enfants ont leurs propres contraintes de temps et de revenu. Porter les revendications des personnels et expliquer à temps l’organisation du service peuvent constituer deux responsabilités simultanées.
À la date de rédaction, le 5 novembre reste une journée à venir dans les appels syndicaux. Les appels et les préavis renseignent sur les intentions et la préparation ; la participation effective, les programmes de circulation et les changements de service doivent être vérifiés séparément. Annoncer d’avance l’arrêt de toutes les écoles, de tous les hôpitaux ou de tous les trains gênerait les décisions du public et masquerait les dispositions propres à chaque secteur.
La présence des salaires et des services publics dans un même appel rappelle que des personnes font vivre les services dans la durée. Le lien entre leur rémunération, leur temps, leurs conditions de travail et la stabilité du service reçu mérite d’être examiné. Pour en faire une politique évaluable, les engagements doivent préciser comment la vie des salariés s’améliorera, comment les équipes seront complétées et quels changements les usagers pourront constater. La force du rapprochement entre ces demandes se mesurera à ces réponses concrètes.