Le code de l’éducation s’ouvre sur une affirmation : « L’éducation est la première priorité nationale. » Cet engagement comprend aussi l’égalité des chances et l’attention portée aux inégalités sociales et territoriales en matière d’éducation.[1]
Or, dans la mobilisation lycéenne, les demandes qui reviennent sont très concrètes : des enseignants absents sans remplacement, des classes surchargées, des bâtiments et des sanitaires dégradés, des emplois du temps longs et morcelés, auxquels s’ajoute l’angoisse de l’admission dans le supérieur. LCP les a recensées dans son décryptage des revendications. Elles font apparaître un écart qui mérite d’être interrogé : pourquoi une éducation érigée en première priorité nationale peine-t-elle, dans le quotidien de certains élèves, à garantir des conditions élémentaires ?[2]
Pour évaluer si cette priorité se réalise, il faut partir d’une journée d’élève : les cours prévus ont-ils lieu ? La salle permet-elle d’apprendre dans de bonnes conditions ? Quelqu’un peut-il aider en cas de difficulté ? Quelles possibilités de poursuite d’études les efforts accomplis ouvrent-ils ? Ces expériences ordinaires donnent son poids à une promesse nationale.
La France consacre des sommes importantes à l’éducation. Selon la statistique ministérielle, la dépense intérieure d’éducation atteint 199,2 milliards d’euros en 2025, soit 6,7 % du PIB. Ce total rassemble les financements de l’État, des collectivités, des entreprises et des ménages, entre autres ; il ne correspond pas au seul budget du ministère. Une fois les variations de prix prises en compte, la hausse annuelle est de 0,1 %. La progression réelle peut donc être très limitée, et il reste à demander où arrivent les ressources supplémentaires.[3]
La répartition des moyens, l’affectation des personnels et l’exécution des politiques comptent tout autant. Dans son examen de l’enseignement primaire publié en 2025, la Cour des comptes relève, malgré les moyens engagés, des inégalités sociales et territoriales, une baisse de l’attractivité du métier d’enseignant et des difficultés de gouvernance. Ce rapport porte sur le primaire ; il ne décrit pas à lui seul la situation des lycées. Il invite néanmoins à examiner ensemble les moyens et les réformes : où se situent les pénuries, quelles en sont les causes et qui doit y remédier ?[4]
Contexte de 2025 : pourquoi le montant investi ne dit pas tout
Document de contexte, mai 2025. Europe 1 présente le rapport de la Cour des comptes sur l’enseignement primaire : résultats, temps scolaire et gouvernance. Il aide à réfléchir à la manière dont les moyens deviennent une éducation effectivement reçue ; les revendications des lycéens et les mesures de 2026 doivent être examinées séparément.
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Repères — ouvrir sur YouTube
- 00:00–00:22Le reportage rapproche dépenses et résultats scolaires.
- 00:46–01:14Pierre Moscovici sur le temps scolaire et les conditions d’apprentissage.
- 01:24–01:34Recommandations sur l’organisation des écoles et le travail des directeurs.
Repères établis à partir des sous-titres français automatiques ; les limites sont indicatives.
Cette vidéo concerne l’école primaire en 2025, pas la situation des lycées en 2026. Ses montants ne se comparent pas directement à la dépense nationale totale citée dans l’article. Elle ne permet pas d’attribuer les écarts de résultats au seul emploi du temps.
Les écarts entre établissements peuvent aussi transformer les lacunes du service public en charges pour les familles. Certaines peuvent compenser des cours manqués par du soutien privé, ou améliorer les conditions de scolarité en déménageant ou en changeant d’établissement. Ces possibilités supposent de l’argent, du temps et de l’information. Lorsque la compensation des manques dépend davantage des ressources familiales, l’égalité des chances devient plus difficile à assurer. Pour les élèves qui disposent du moins d’alternatives, la promesse de l’école publique pèse particulièrement lourd.
Le gouvernement a commencé à répondre. Les mesures annoncées le 26 octobre comprennent des créations de postes d’enseignants, une réduction progressive des effectifs en seconde générale et technologique, 15 000 places supplémentaires dans le supérieur en 2027–2028 et une réforme de Parcoursup. Pour les bâtiments, le gouvernement annonce 4 milliards d’euros de prêts à taux préférentiels destinés à soutenir l’investissement des collectivités, ainsi qu’un milliard pour la construction et la rénovation des campus. Les instruments financiers et les échéances diffèrent : leur mise en œuvre doit être suivie séparément.[5]
Recruter des enseignants, rénover des bâtiments ou ouvrir des formations demande du temps et des capacités d’organisation. C’est précisément pourquoi il faut publier tôt des engagements vérifiables : quand les postes vacants seront-ils pourvus ? Quels chantiers commenceront en premier ? Où seront créées les places, avec quels enseignants et quels financements ? Les élèves et les parents ont besoin de connaître les solutions prévues pendant l’attente et les critères qui permettront, au prochain bilan, de juger si les engagements avancent.
Le débat sur l’orientation réclame particulièrement cette précision. La plateforme commune portée par l’Union étudiante et l’USL demande la fin de la sélection sur Parcoursup et Mon Master, tout en conservant des outils nationaux de candidature centralisée. Il s’agit de la position de ces organisations, qui ne résume pas l’opinion de tous les élèves et étudiants. Elle montre toutefois clairement que la contestation porte aussi sur la répartition des possibilités d’études.[6]
Un nouveau système d’admission doit expliquer selon quels critères les candidatures sont évaluées, comment les refus sont motivés et si les élèves de tous les territoires et de tous les milieux bénéficient d’un accompagnement suffisant. Une procédure plus transparente doit aussi correspondre à des capacités réelles de formation : les places supplémentaires doivent disposer des enseignants, des salles et du soutien pédagogique nécessaires. L’efficacité d’une réforme se mesure, au bout du compte, aux possibilités d’apprentissage qu’elle ouvre.
C’est aussi ce qui fait de l’éducation un enjeu au-delà de l’école. Les jeunes aujourd’hui en classe travailleront demain dans les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les laboratoires et les services publics. Leurs connaissances, leur jugement et leur capacité à coopérer entreront dans chacune de ces activités. Des bases qui n’ont pas été acquises ou un accompagnement qui a manqué demandent souvent, plus tard, davantage d’efforts aux personnes comme à la société.
L’école façonne aussi le regard des jeunes sur la vie publique. Quand les difficultés sont prises au sérieux, que les règles peuvent être comprises et que les engagements sont tenus, ils ont davantage de raisons de croire à l’utilité de leurs efforts et à la fiabilité des institutions. Si les promesses restent durablement éloignées de leur expérience, cette confiance se fragilise. La politique éducative engage donc aussi la manière dont une société prouve à la génération suivante qu’elle est respectée et qu’elle peut prendre part à son avenir.
Les élèves ont, dès aujourd’hui, droit à une bonne éducation. Garantir ce droit permet aussi de construire les compétences professionnelles, la créativité et la confiance publique dont le pays aura besoin. Les personnes sur lesquelles reposera le fonctionnement de la société dans plusieurs années se forment dans les conditions d’apprentissage que nous leur offrons maintenant.
La crédibilité de la priorité éducative se joue dans ces détails : un cours a enfin un enseignant, une salle est rénovée, un élève reçoit une explication claire sur son orientation. Les compétences et la confiance dont la société aura besoin se construisent dans les classes d’aujourd’hui. Puisque la nation place l’éducation au premier rang de ses priorités, les élèves doivent pouvoir constater, dans chacune de leurs journées, que cette promesse prend corps.